, Author(s): Sven Sielhorst Jan Willem Molenaar Don Offermans
Etude commandée par Wetlands International à AIDEnvironnement sur l'évaluation des risques et bénéfices pour les zones humides
Description:
Les biocarburants en Afrique: une menace pour les zones humides et les forêts
Bonn, 26 mai 2008
On attend de l'Afrique une production relativement modeste mais non négligeable pour satisfaire la demande mondiale en biocarburants. Des millions d’hectares de surfaces de terre seront érigées en plantations de biocarburants ; cela se fera à peine dans les surfaces agricoles actuelles mais plutôt dans les zones humides et les forêts, hots spots de biodiversité – qui sont vulnérables aux cultures de biocarburants.
Dans le cadre de la neuvième conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, Wetlands International présente les conclusions d’une étude sur la production de biocarburants en Afrique commanditée auprès du bureau de recherche AIDEnvironnement basé au Pays Bas. Cette étude donne un aperçu des impacts de la production de biocarburants attendue en Afrique en 2020.
Peu de risque pour la production alimentaire totale africaine
La production alimentaire globale en Afrique ne court pas le risque d’être supplantée par celle des biocarburants. Bien que des millions d’hectares de terres en Afrique puissent être érigées en zones de productions de biocarburants, celles ci ne concerneront pas les zones agricoles. La part de marché de l’Afrique dans la production de biocarburants au sein de l’union Européenne, de l’Amérique Nord et de l’Asie selon les prévisions restera relativement modeste dans les décennies futures (environ 5% en 2020).
Les grands marchés de consommation (Etats-Unis, Union Européenne) seront plus enclin à soutenir leur propre agriculture pour produire les cultures pour les biocarburants. Toujours selon l’étude, des pays comme le Brésil resteront toujours mieux outillés pour augmenter leur production de biocarburants et vont approvisionner le marché mondial à moindre coût.
Augmenter les prix agricoles.
Une part importante et grandissante de la production agricole européenne et américaine sera transformée en biocarburants. En conséquence, les prix des denrées alimentaires africaines vont aussi augmenter. Ce qui va offrir des opportunités aux paysans mais aura des conséquences sur les gens qui ne disposent pas terre et les citadins pauvres.
Des cultures porteuses certes mais occasionnant la perte de zones humides
Les cultures les plus porteuses sont la canne à sucre pour l’éthanol, l’huile de palme pour le carburant bio, le sorgho et le manioc à une autre étape. La jatropha sera uniquement intéressante pour les petits exploitants agricoles et destinée au marché local. L’huile de palme et le sucre qui périssent très vite auront besoin d’être traités immédiatement après leurs récoltes. Cela nécessite la mise à disposition de vastes plantations de plusieurs milliers d’hectares situées prés de moulin.
Ces cultures lies à la production de biocarburant requièrent l’usage d’une forte quantité d’eau qui ne saurait être couvert par la pluviométrie. Ces deux facteurs font des zones humides et des forêts tropicales aux terres inhabitées des zones intéressantes pour la production de biocarburants. En effet, elles présentent l’avantage de regorger d’eau et sont sujettes à moins de problèmes liés au foncier. Même avec une part modeste au niveau mondial, la production de biocarburants pour les marchés du nord et le marché intérieur africain va mobiliser des millions d’hectares de terres en Afrique. Ainsi les hots spots – points chauds - de la biodiversité en Afrique sont en danger.
Des tendances similaires sont visibles en Asie du Sud Est où les droits fonciers sont complexes dans les zones peuplées ce qui rend des forêts tourbières attrayantes pour le développement de plantations d’huile de palme. Les premières expériences en Afrique (comme les zones humides de Tana au Kenya) confirment cette prévision.
· Impact sur les populations locales.
Outre la perte de zones naturelles, la production de biocarburant a des impacts négatifs sur les populations vivant aux abords des plantations. Les biocarburants réalises a partir la de canne à sucre nécessitent une quantité d’eau importante, sont source d’érosion et requiert l’usage de beaucoup d’engrais et de pesticides. En Afrique plus particulièrement cette situation va affecter les communautés d’autant dépendantes directement de l’eau dans les zones humides proches telles que les rivières et les marais.
La nécessité d`un traitement rapide des cultures entraine une dépendance des paysans vis a vis des propriétaires de moulins. Cela rend plus que probable l’exploitation des paysans que quand il s’agit d’autres cultures commerciales avec peu d’opportunités pour les petits paysans.
· Des opportunités pour l’Afrique
Bien que la part de marché de la production de biocarburants au sein de ‘Union Européenne et des Etats-Unis selon les prévisions reste relativement modeste, selon l’étude en question, le développement des biocarburants pourrait amener les pays africains a changer leur demande de carburants en biocarburants. Actuellement les pays africains dépensent 10 à 20% de la valeur de leurs importations aux carburants. Cela augmente à cause de la hausse des prix du pétrole. Les biocarburants peuvent garantir une meilleure sécurité énergétique, améliorer la balance commerciale et créer ainsi la valeur ajoutée.
Wetlands International voit de sérieuses menaces mais aussi des opportunités dans la production de biocarburants en Afrique. Notre organisation en appelle à une application de la biodiversité et des critères sociaux autant dans les pays consommateurs que producteurs. Cet appel s` adresse également aux secteurs de production et aux bailleurs afin qu’ils puissent accompagner cette évolution majeure. Wetlands International travaille également a la mise sur pied d’un système d’alerte autour des changements que pourrait occasionner le développement des biocarburants dans les zones humides
Alex Kaat
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